« Hey tapette, viens par ici ! »
Le jeune homme se retourna, se demandant d’où pouvait bien sortir une voix aussi familière. Il regarda autour de lui, avant d’apercevoir une ruelle sombre à sa gauche. A peine eut-il fait un pas dans cette direction, qu’il fut happé par le col, et reçu un grand coup dans l’estomac. Ensuite, il fut collé au mur par un corps imposant qu’il ne connaissait que trop bien. La voix suave, accompagnée d’une haleine où l’alcool se faisait sentir, poursuivit :
« Alors vampire, ça fait un bail que t’es pas venu nous voir. »
Vampire… Il détestait ce surnom. Il l’avait eut la première fois où il s’était battu avec l’un d’entre eux. Il l’avait mordu. Jusqu’au sang. Et après… Il en avait tout autour de la bouche. Alors il avait léché. Jusqu’à qu’il ne reste plus rien. Il était fier, mine de rien, d’avoir gagné. Alors il leur avait sourit. Grave erreur. Cela les avait fait rire. Alors que le type se vidait de son sang par terre. Plus tard, il apprit qu’il était mort dans la nuit. D’une overdose. Mais la morsure n’avait rien arrangé. Alors depuis ce jour, les gens du milieu le considéraient comme un tueur, bien qu’ils ne l’en respectèrent pas d’avantage.
Et puis. Andreas aussi. Bizarrement, il avait pris du plaisir à ridiculiser cet homme. A l’humilier. A le mordre. Et puis à lécher son sang. Et puis après… Il avait toujours cherché à ressentir de nouveau cette sensation. Alors il se coupait, et buvait son propre sang. Mais cela n’avait jamais suffit. Et ils lui avaient demandé. Et il avait dit oui. Par pur plaisir. Mais aussi par nécessité. C’était la première fois qu’il avait envie de travailler.
« T’as bien fait c’qu’on avait convenu ? »
Le jeune homme enleva les deux mains qui le bloquaient contre le mur.
« Ouais, bien sûr, tu m’prends pour qui ?
- Ah ouais, et t’as décidé quoi alors ? Tu acceptes notre petite proposition ? »
Visiblement, son interlocuteur ne le prenait pas au sérieux. Comme s’il avait pu oublier l’offre qu’ils lui avaient faite la semaine dernière. C’était la chance de sa vie. Et il l’avait prise. Il leva ses yeux d’ors liquides vers ceux, petits et enfoncés, de celui qu’on nommait Steevie.
« J’ai buté mon père. »
Steevie éclata de rire.
« Quoi, ça te fait rire ?
- T’avais l’air tellement sérieux, tellement déterminé quand t’as dit ça que t’avais vraiment une tronche de con !
- Je t’emmerde. »
Les sourcils de Steevie se froncèrent.
« T’as dit quoi, petite frappe ?
- Que j’avais buté mon père. »
Même s’il avait peur, jouer au chat et à la souris avait toujours plu à Andreas. D’ailleurs, ne jouait-il pas à ce même jeu avec ses victimes ?
« Ouais, je crois aussi, répondit la « souris » d’un air dubitatif.
- Vous m’prenez alors ? »
Il reçu une grosse bourrade dans le dos.
« Sûr mec ! Mais au moindre écart… T’es un homme mort ! »
Steevie lui remit deux enveloppes. Une grande et en papier kraft. Il y a avait du papier à l’intérieur. La deuxième, plus petite, était blanche. Et il pouvait clairement sentir la drogue à l’intérieur.
C’était officiel. Il tuait pour vivre.
Son premier dossier.
Qui était loin d’être le dernier.
* * *
Matthew était assise sur ses genoux sur le sol. Elle se regardait fixement sans le miroir de la chambre. Devant elle, se tenait une pauvre créature. Si elle l’avait rencontrée dans la rue, elle l’aurait surement évité. Elle avait les yeux d’un bleu profond, l’un de ceux où l’on se perd si on le fixe. Ses joues étaient noires. Noires de maquillage. Il avait coulé à cause des larmes. Sa bouche formait un horrible rictus, perdu quelque part entre le sourire et l’écœurement. Ses cheveux étaient emmêlés, et sa frange pas droite. On aurait presque dit qu’elle s’était coupée les cheveux aux ciseaux. Et pour cause. C’était le cas. De rage, hier, elle les avait pris dans sa trousse, et avait troqué ses longs cheveux contre un carré mi-long mal coupé. Elle avait complètement raté la frange, qui allait en diagonale de son visage. La créature était habillée de noire, comme pour s’assortir au paysage qui s’offrait aux yeux de quiconque tournait légèrement la tête. Il faisait très sombre, et il avait commencé à neiger.
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