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Soudain, la créature se mit à rire. D’un rire machiavélique. Presque désespéré. Elle s’approcha, et se colla tout contre Matthew, jusqu’à que leurs nez se frôlent. Elles sourirent en cœur. Matthew se rapprocha encore plus du miroir, et appuya son front contre la glace. C’était froid. Elle regardait la créature. La créature la regardait. Elle ne se reconnaissait pas en son image.
Certains disent que le corps n’est que le reflet de l’âme. Maintenant, la jeune fille savait que c’était faux. C’est juste une enveloppe charnelle que l’on vous a assigné à la naissance et que vous ne choisissez pas. Personne ne peut savoir votre passé, votre présent si vous ne le montrez pas volontairement. Tant d’années passées derrière une vulgaire façade de chair suffisent à cacher bien des secrets.
Le lendemain, quand Matthew ira au lycée, elle sera une fille normale. Elle suivra les cours normalement, comme une adolescente à la vie normale. Elle évitera les journalistes, comme si elle n’était pas concernée, car elle, a une apparence normale aux yeux de la société. Seuls ceux qui auront eu vent de loin ou près de son histoire et ayant un visage à mettre sur « Matthew la pauvre fille qui n’a pas de chance car son père vient de se faire éclater la tête par un malade » sauront ce qui lui ai arrivé. Et encore. Ils oublieront vite. Tant mieux. Ce n’est pas intéressant.
Un bruit tira l’adolescente de ses rêveries : la sonnerie de son portable. Celui affichait un message de Jared. Matthew soupira, et jeta son appareil en arrière sur son lit. Même à lui, elle n’avait pas envie de répondre. Elle ne pouvait pas répondre. Il fallait qu’elle se prépare pour le lendemain, et le jour d’après, et tous les jours qui suivront, et le reste de sa vie. Chaque seconde qui passerait, elle se battrait. Contre elle-même.
***
Y a des fois où il y a cette putain de joie de vivre qui vous étreint le cœur, et vous ne savez même pas pourquoi. Vous sentez une chaleur qui vous enveloppe, et vous qui vous transporte dans un autre monde. Vous planez au dessus de tout, ne vous préoccupez de rien. Vous êtes heureux, c’est tout. Il y a des gens qui s’en rendent compte, d’autres non, car ils ont tellement l’habitude des petits bonheurs de la vie qu’ils ne se préoccupent même pas de la chance qu’ils ont. Les autres sont des anges déchus par le ciel. Enfermés en enfer, et à qui on aurait laissé un moment de joie provisoire. Eux reviennent de loin. Eux ont vécu, et savent ce que cela veut dire « avoir mal ». Alors ils profitent de ces instants comme si c’était le dernier, et respirent l’insouciance de telle façon à ce qu’une aura émane d’eux, et que leurs amis s’en étonnent et rient avec eux. Rire de quoi ? De rien. De tout. De la vie. De ces imbéciles qui n’en ont pas encore saisi le sens, si subtil que presque insaisissable. Ces anges ont tendance à se regrouper. A marcher en bande, avançant groupés sur le long chemin. Est-ce bien, est-ce mal, ne pouvons en juger, nous, pauvres spectateurs de cette pièce dont nous sommes nous-mêmes les acteurs pour ceux qui nous regardent.
Andreas. Mon si petit Andreas.
Tu as mal. Tellement mal. Toi, sur ce chemin, tu avances seul. Et tu cours. Le plus vite que tu peux. Tu veux fuir. Et bien, fuis, mon enfant. Fuis ! Personne ne peut m’échapper. On est tous la victime de quelqu’un. Ils sont les tiennes, eux, ces pauvres innocents que tu dois tuer. Et tu es la mienne. Au moins, tu sais toi, pourquoi tu iras chez moi. Peut-être sera tu l’un des seuls, mais si tu tenteras sûrement, en vain car tu sais pertinemment que tu n’y réchapperas pas, de me dissuader de t’amener ici. Fuis. Cours le plus loin que tu peux.
Mais sache que personne, ne peut échapper au diable.
***
De retour chez lui, Andreas se débarrassa vite, très vite de sa veste, et se jeta dans son canapé. Il se souleva légèrement, et déposa l’enveloppe blanche délicatement en dessous du rembourrage du canapé. Au cas où quelqu’un venait le voir, même s’il n’y avait que très peu de chances que ça arrive, il faut toujours se méfier. Il lui en restait encore de celle qu’il avait achetée la dernière fois. C’est avec fébrilité qu’il décacheta la deuxième enveloppe, la plus grande. Il y avait deux feuilles. La première était une sorte de fiche d’identité, où étaient épinglées plusieurs photos d’un même homme répondant au nom de Marc Lacombe, 23 ans, fiancé à une charmante jeune fille mais qui, malheureusement pour lui, n’aurait jamais le temps de l’épouser. La deuxième, était un tableau à trois colonnes : nom, date, détails ; qu’on avait manifestement glissé là pour avoir un compte rendu précis des missions d’Andreas, en plus du petit exposé oral qu’il leur ferait pour avoir une autre tâche à remplir. Et c’était tout. La nouvelle vie de l’adolescent se résumait à deux feuilles. Ca aurait presque pu être drôle si le jeune homme ne s’était pas mis à trembler, crise due au manque.
Du plus vite qu’il pouvait, il attrapa une ancienne cravate de son père traînant là, se fit un garrot, et se libéra. Enfin. Planant au dessus de toutes ces horreurs, ces atrocités qu’il avait commises, se décollant de l’emprise si lourde que nous impose la réalité jour après jour, nous rattachant sur Terre alors qu’on serait si bien là-haut, avec les anges, Andreas, la bave aux lèvres, se laissa emporter par ce flot de bonheur. Une petite, si petite heure de pur plaisir, à laquelle suivraient celles, maussades, du manque. Alors, pour ne rien perdre, le jeune homme s’entailla les veines, et suçant son propre sang, gorgé d’une drogue presque pure.
Quand Andreas reprit conscience du monde qui l’entourait, quelques instants plus tard, qui lui paraissaient si longs sur le coup, et si courts après, il se posa la question du Comment. Mais comment allait-il s’y prendre, pour tuer ce « putain de bourge », comme il l’avait surnommé quand il avait aperçu sa photo. Il ne savait pas trop. Enfin, il savait juste qu’il avait envie de le voir souffrir. Agoniser lentement, en toute conscience que plus rien désormais, ne pourrait le sortir de ce trou si noir et si profond, et si attrayant parfois pourtant qu’est la mort.
Son regard se posa tout à coup sur un objet. L’adolescent eut un flash. Une envie. Une pulsion. Il allait envie de s’en servir. Il était banal, mais c’était ce qui faisait son charme. Il était au moins certain, que personne avant lui ne l’avait utilisé pour tuer quelqu’un. C’est évidemment le rêve de tout psychopathe : laisser sa trace dans l’histoire. Et encore une fois, il sourit : « Parfait. Tout est absolument parfait. »
Mais avait-il seulement conscience que quelque chose, ou plutôt quelqu’un, pouvait contrecarrer ses plans ? J’en doute.
Chapitre 3
« Putain. J’y crois pas, dit un homme.
- Et bien écoute, moi non plus, lui répondit une femme.
- Le mec qui a fait ça est sacrément gonflé. Mais quelle personne est assez machiavélique pour infliger une mort pareille, renchérit un deuxième homme ?
- Putain, mais une agrafeuse quoi, continua le premier!
- Oh Clay, fais moi plaisir et tais toi ! Tu m’énerves.
- Oh ça va Gé, dit le dénommé Clay. Simplement que c’est la première fois que je vois un meurtre à l’agrafeuse dans toute ma carrière !
- C’est notre première fois à tous les trois. Et mon nom, c’est pas « Gé »’mais Georgia. Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça. »
Clay lui adressa un sourire ravageur et se rapprocha du cadavre du pauvre homme. C’était la mort la plus horrible qu’il eut jamais vu.
L’homme avait tous les dois agrafés un à un sur la table devant lui, de même que ses orteils sur le sol. Ensuite, son agresseur lui avait « fermé » les yeux à l’aide d’une demi-douzaine d’agrafes, puis les narines. Ensuite, il lui avait barricadé la bouche, toujours avec des agrafes. Il était mort d’asphyxie. Le jeune inspecteur ferma les yeux. C’était vraiment immonde. Le sang dégoulinait de partout. Quelle lente agonie…
j'vous aaaaaaaaime <3
Ils vont s'en souvenir,de celle la
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