Accueil Date de création : 02/04/08 / Dernière mise à jour : 03/05/08 20:34 / 7 articles publiés
 

Chapitre 2 [partie1]  posté le mardi 22 avril 2008 20:54

Chapitre 2

 

« Debout ! »

            A l’unisson, trois-six chaises raclèrent sur le sol, laissant leurs occupants se lever.

« Assis ! »

            Le directeur de l’établissement venait de rentrer dans la salle des terminales S. Il affichait une mine préoccupée.

« Bien, comme vous avez pu le constater, une nouvelle est arrivée dans votre classe hier. »

            Trente-cinq paires d’yeux se posèrent sur la chaise vide de Matthew.

« Et comme vous le voyez, aujourd’hui, elle n’est pas là. Et pour cause, je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais son père est mort hier. Je dirais plus précisément qu’il a été assassiné. »

            Des murmures retentirent dans la classe. Andreas, quant à lui, se figea sur sa chaise. Il venait de comprendre qu’il avait tué le père de sa voisine de cours. Une goutte de sueur roula le long de sa colonne vertébrale. Elle allait forcément savoir que c’était lui. Déjà, hier, elle n’était pas très encline à la conversation_ et lui non plus d’ailleurs_ et ils s’étaient montré le plus grand mépris. Le jeune homme secoua la tête. Il devenait paranoïaque. Bien sûr que non, elle ne penserait pas à lui. Ils se connaissaient à peine, et elle n’allait tout de même pas imaginer que, pour l’unique raison qu’ils ne s’aimaient visiblement pas, il avait tué son père.

« Je vous demanderai donc, demain, de vous rendre aux obsèques de feu monsieur Highton. Faites le au moins pour Matthew, même si vous n’avez jamais vu son père. C’est un moment très difficile à passer, la mort d’un membre dans sa famille, surtout de cette façon là. »

            Tous baissèrent la tête, en signe de respect. Ils viendraient.

 

* * *

 

            Matthew était reconnaissante à tous les gens de sa classe d’être venus. Mais en même temps. Elle ne voulait pas de leur pitié. Tous étaient venus au moins une fois lui poser une main sur l’épaule, pour lui dire à quel point ils étaient désolés, et tout ce qui allait avec. Tous, sauf un. Andreas. Mais cela ne l’étonnait pas. Elle ne l’avait même pas vu, et ne s’attendait pas à ce qu’il vienne.

            A côté d’elle, sa mère était sur le point de s’évanouir. Elle et son mari étaient mariés depuis un peu plus de vingt cinq ans, et voilà qu’en un jour, elle l’avait perdu.  La mère de feu monsieur Highton pleurait à chaudes larmes, soutenant sa belle-fille du mieux qu’elle pouvait, ayant déjà elle-même à tenir debout. Matthew avait du mal à tenir le coup. A côté d’elle, Jared lui tenait la main. En retour, elle lui plantait les ongles dans la peau, s’empêchant de hurler. Elle était soulagée qu’il ait pu venir, même si plusieurs dizaines de kilomètres les séparaient désormais.

            Le cercueil de bois contenant l’horloger était posé majestueusement sur un piédestal, au milieu de l’allée de l’église. De nombreuses fleurs le recouvraient, funestes présents en guise de compassion envers la famille, d’amour ou d’amitié. Des dons avaient été déposés dans une corbeille prévue à cet effet au pied de l’œuvre. C’était pour les messes. Le bois du cercueil était humide, à cause de l’eau bénite

            Le prête prononça le dernier sermon, et mit fin à la cérémonie. Les spectateurs venus assister à la cérémonie commencèrent à se lever. Plusieurs journalistes s’approchèrent de la famille du défunt, avides d’informations qu’ils pourraient dévoiler sur le meurtre. Matthew ne voulait pas parler. Vite, elle se dégagea, et courut vers la sortie de l’église, bousculant les personnes sur son passage. Jared, quant à lui, était resté coincé par le blocus de journalistes, et tentait tant bien que mal de se dégager.

            Les larmes de la jeune fille roulaient sans fin sur ses joues. Elle commença à dévaler à toute allure le parvis du monument, quand elle se heurta à quelqu’un. Cette personne lui prit les deux épaules, et la fit reculer légèrement. Elle leva la tête et son regard rencontra deux yeux dorés. Andreas.

« Tu pleures.

- Mais non, je t’assure que non, je fais du tricot là, ça se voit pas, lui cracha-t-elle avec mépris ! »

            Il eut un petit rictus.

«  Vous êtes tous pareils, vous, les gens. Vous n’avez pas encore compris que la vie n’est pas rose tous les jours, et vous vous croyez à l’abri de tous problèmes. Et quand ils vous tombent dessus, vous vous effondrez dans un coin en chialant. »

            Ses larmes s’étaient arrêtées de couler. Elle sentait la rage monter en elle. Elle fronça les sourcils, et serra son poing.

« Je te défends de dire quoi que ce soit sur la mémoire de mon père ! T’es même pas venu à cérémonie, alors de me regarder comme si j’étais une gamine ! »

            Andreas ricana.

« Si tu veux. Je ne parle pas de ton père. Mais de la vie en général. C’est marche ou crève. Soit t’avances, soit tu restes dans ton coin à rien foutre. A la rigueur, réfléchis en avançant. Mais bouge toi, sinon tu resteras sur la touche toute ta vie. Et puis… »

            Il se pencha vers elle, et murmura au creux de son oreille :

« Fais attention à toi. »

            Pour ensuite tourner les talons, et repartir. Matthew resta seule, sur le parvis, à méditer les dernières paroles du jeune homme. Surtout sa dernière phrase. Que voulait-il dire par là ? Elle sentit deux mains qui se voulaient rassurantes se poser sur ses épaules.

« C’était qui ce bouffon ?»

Elle se tourna vers son interlocuteur. Elle sourit à Jared. Il était très protecteur, et cela n’était pas pour lui déplaire.

« Un… Un journaliste qui voulait absolument une interview. Je lui ai dit non. »

            Mais pourtant elle lui mentait. Pourquoi ? Elle-même ne le savait pas. Pour l’instant, elle ne préférait pas y penser. Elle se hissa sur la pointe des pieds et l’embrassa.

« T’inquiète, je suis juste très triste et assez retournée. »

 




 

J'ai vu que des gens du fofo étaient passés par ici.

Merci =D

Chuis contente que ça vous plaise.

Merci Béa et Rikku (une deuxième dédicace pour ta pomme xD)

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Chapitre 2 [partie2]  posté le samedi 03 mai 2008 20:32

« Hey tapette, viens par ici ! »

            Le jeune homme se retourna, se demandant d’où pouvait bien sortir une voix aussi familière. Il regarda autour de lui, avant d’apercevoir une ruelle sombre à sa gauche. A peine eut-il fait un pas dans cette direction, qu’il fut happé par le col, et reçu un grand coup dans l’estomac. Ensuite, il fut collé au mur par un corps imposant qu’il ne connaissait que trop bien. La voix suave, accompagnée d’une haleine où l’alcool se faisait sentir, poursuivit :

« Alors vampire, ça fait un bail que t’es pas venu nous voir. »

            Vampire… Il détestait ce surnom. Il l’avait eut la première fois où il s’était battu avec l’un d’entre eux. Il l’avait mordu. Jusqu’au sang. Et après… Il en avait tout autour de la bouche. Alors il avait léché. Jusqu’à qu’il ne reste plus rien. Il était fier, mine de rien, d’avoir gagné. Alors il leur avait sourit. Grave erreur. Cela les avait fait rire. Alors que le type se vidait de son sang par terre. Plus tard, il apprit qu’il était mort dans la nuit. D’une overdose. Mais la morsure n’avait rien arrangé. Alors depuis ce jour, les gens du milieu le considéraient comme un tueur, bien qu’ils ne l’en respectèrent pas d’avantage.

            Et puis. Andreas aussi. Bizarrement, il avait pris du plaisir à ridiculiser cet homme. A l’humilier. A le mordre. Et puis à lécher son sang.  Et puis après… Il avait toujours cherché à ressentir de nouveau cette sensation. Alors il se coupait, et buvait son propre sang. Mais cela n’avait jamais suffit. Et ils lui avaient demandé. Et il avait dit oui. Par pur plaisir. Mais aussi par nécessité. C’était la première fois qu’il avait envie de travailler.

« T’as bien fait c’qu’on avait convenu ? » 

            Le jeune homme enleva les deux mains qui le bloquaient contre le mur.

« Ouais, bien sûr, tu m’prends pour qui ?

- Ah ouais, et  t’as décidé quoi alors ? Tu acceptes notre petite proposition ? »

            Visiblement, son interlocuteur ne le prenait pas au sérieux. Comme s’il avait pu oublier l’offre qu’ils lui avaient faite la semaine dernière. C’était la chance de sa vie. Et il l’avait prise. Il leva ses yeux d’ors liquides vers ceux, petits et enfoncés, de celui qu’on nommait Steevie.

« J’ai buté mon père. »

            Steevie éclata de rire.

« Quoi, ça te fait rire ?

- T’avais l’air tellement sérieux, tellement déterminé quand t’as dit ça que t’avais vraiment une tronche de con !

- Je t’emmerde. »

            Les sourcils de Steevie se froncèrent.

« T’as dit quoi, petite frappe ?

- Que j’avais buté mon père. »

            Même s’il avait peur, jouer au chat et à la souris avait toujours plu à Andreas. D’ailleurs, ne jouait-il pas à ce même jeu avec ses victimes ?

« Ouais, je crois aussi, répondit la « souris » d’un air dubitatif.

- Vous m’prenez alors ? »

            Il reçu une grosse bourrade dans le dos.

« Sûr mec ! Mais au moindre écart… T’es un homme mort ! »

            Steevie lui remit deux enveloppes. Une grande et en papier kraft. Il y a avait du papier à l’intérieur. La deuxième, plus petite, était blanche. Et il pouvait clairement sentir la drogue à l’intérieur.

            C’était officiel. Il tuait pour vivre.

Son premier dossier.

            Qui était loin d’être le dernier.

 

* * *

 

            Matthew était assise sur ses genoux sur le sol. Elle se regardait fixement sans le miroir de la chambre. Devant elle, se tenait une pauvre créature. Si elle l’avait rencontrée dans la rue, elle l’aurait surement évité.  Elle avait les yeux d’un bleu profond, l’un de ceux où l’on se perd si on le fixe. Ses joues étaient noires. Noires de maquillage. Il avait coulé à cause des larmes. Sa bouche formait un horrible rictus, perdu quelque part entre le sourire et l’écœurement. Ses cheveux étaient emmêlés, et sa frange pas droite. On aurait presque dit qu’elle s’était coupée les cheveux aux ciseaux. Et pour cause. C’était le cas. De rage, hier, elle les avait pris dans sa trousse, et avait troqué ses longs cheveux contre un carré mi-long mal coupé. Elle avait complètement raté la frange, qui allait en diagonale de son visage. La créature était habillée de noire, comme pour s’assortir au paysage qui s’offrait aux yeux de quiconque tournait légèrement la tête. Il faisait très sombre, et il avait commencé à neiger.

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