Matthew avait peur. Depuis qu’elle avait croisé son regard, elle avait peur. Et quand le professeur, dont elle avait déjà oublié le nom, lui avait dit d’aller se mettre à coté de lui. Peut-être que mourir sur le champ aurait été plus agréable. Il ne la regardait même pas. Il était penché sur sa table, et écrivait quelque chose dessus. Ses cheveux blonds et mi-longs cachaient complètement son visage. Il posa très lentement son crayon, releva la tête à la même vitesse. La jeune fille crut que son cœur ne suivrait jamais le rythme qu’elle lui imposait. Quand ses yeux bleus à elle croisèrent ceux dorés, comparables à de l’or liquide en fusion, de son bourreau, elle saisit un instant le sens du mot « démon ».
« Ouais, t’façon, j’ai pas le choix. »
D’un geste qu’il faisait très manifestement à contrecœur, il poussa son sac de la chaise à côté de lui, et le déposa dans un bruit sourd à ses pieds. Il s’assit en travers de sa chaise, le dos contre le mur, un coude sur la table et l’autre sur le dossier de la chaise. Il la regardait. Elle lâcha son sac par terre, et s’assit à son tour sur la chaise, tout au bout sur le côté, de sorte à être le plus loin possible de ce garçon qui l’intimidait tant.
La journée passa bien trop lentement pour Matthew, seule à côté de ce personnage si asocial qui ne faisait rien pour arranger l’étrange image qu’il donnait de lui. Elle avait hâte que les cours se terminent. En effet, elle avait rendez-vous avec Jared. C’était le soleil de sa vie. Même si elle avait déménagé, ils étaient restés en contact, d’abord en relation amicale, puis à son plus grand bonheur, en tant que couple. Et aujourd’hui, c’était la première fois qu’ils se voyaient depuis deux semaines.
Quand la sonnerie retentit enfin, elle empoigna son sac en bandoulière, le mit négligemment sur son épaule et sortit le plus rapidement possible de la salle. Sans même prendre la peine de dire au revoir aux connaissances qu’elle s’était faite dans la journée, la jeune fille quitta l‘enceinte du lycée en ce mettant à marcher d’un bon pas.
Après cinq minutes de marche, elle se trouva en face d’un petit parc. Elle regarda autour d’elle. Exactement comme la dernière fois. Matthew leva la tête, émerveillée par la clarté de ce jour de décembre. Il était dix-sept heures, et les rayons étaient rasants. Ils effleuraient la surface de l’étang, l’attraction principale de ce coin de verdure, de façon à ricocher de tous les côtés de façon presque irréelle, créant une atmosphère de bien-être incomparable. Au bord de l’eau, se trouvait un banc. Sur ce banc, un garçon. Celui-ci regardait Matthew, la tête légèrement penchée, un franc sourire aux lèvres.
Quand la jeune fille lui rendit son sourire, il se leva immédiatement, se dirigea vers elle, saisit sa taille d’une main, nouant les doigts de l’autre à celle d’une des mains libres de son amie, et se rapprocha de façon à coller son front au sien. Il lui murmura :
« Tu m’as manqué… »
* * *
Andreas était chez l’horloger depuis maintenant un quart d’heure. Pendant tout ce temps, il avait fait la queue. Encore une personne, et ce serait son tour. En fait, c’était cette personne, qui l’avait fait patienter tout ce temps, et il n’y avait personne d’autre dans la boutique à part eux trois. C’était une vieille dame qui le précédait et tentait, en vain visiblement, d’expliquer à l’homme qui tenait la boutique qu’elle aurait de quoi payer dès que l’état aurait bien voulu lui verser sa pension, elle pourrait le rémunérer, mais que pour le moment, elle voudrait bien récupérer la montre qu’elle lui avait confier quelques jours auparavant, et qu’elle avait du laisser, bien qu’elle soit déjà réparée, pour les mêmes raisons.
Alors en attendant, l’adolescent regardait la boutique. Celle-ci était remplie de gadgets en tout genre, mais qui avaient au moins le point commun de faire « tic tac » quand ils marchaient. Enfin, « tic tac » est un peu vague. Manifestement, l’horloger s’occupait également d’autre chose, puisque une vieille imprimerie était posée dans un coin. Même si elle ne semblait pas en état de marcher encore, Andres remarqua que des feuilles couvertes d’encre étaient posées à côté. Il esquissa l’ombre d’un sourire quand il essaya d’imaginer l’heureux propriétaire de cette antiquité. Sûrement un collectionneur décati, au teint pâle à cause des nombreuses heures passées enfermé à tenter d’identifier tel ou tel objet.
C’est un soupir qui accompagna le départ de la vieille femme, qui n’avait toujours pas récupéré sa montre, en dépit de tous ses efforts pour convaincre le gérant de sa bonne foi. Andreas s’avança alors vers le comptoir, posa le réveil d’une main sur la table. C’ était un de ses vieux modèles, avec un marteau qui se déplaçait pour aller s’entrechoquer avec deux pièces de métal de part et d’autre de l’objet. On put distinguer le bruit des pièces bougeant à l’intérieur.
« Bonjour jeune homme, c’est un beau réveil, que vous avez-là ! C’est rare, de voir encore des modèles comme ceux-ci, de nos jours ! Les jeunes d’aujourd’hui préfèrent tout ce qui est moderne et lumineux !
- Sans aucun doute. Vous pouvez le réparer ? »
L’homme leva un sourcil. Le jeune homme était si froid… Il ne pensait pourtant pas avoir dit quelque chose de vexant. Il se tourna ers son atelier, à l’opposé du comptoir, en maugréant un « oui » à peine audible. S’il ne se donnait pas la peine d’être aimable, alors lui non plus.
Il se pencha vers le réveil, et commença à le démonter. Il y trouva quelque chose pour le moins d’étonnant.
« C’est étrange, commença-t-il…
- Quoi donc, s’enquit Andreas, le regard se baladant sur les divers mécanismes posés sur les étagères, s’intéressant peu au sort de son réveil ?
- Eh bien… Il y a du sang coagulé à l’intérieur. »
Vos avis?
MOULOUD, TU FAIS COMME LE 12, TU SORS!


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